La cérémonie de clôture des Alex d’Or 2025-2026 s’est tenue dans une ambiance à la fois détendue, passionnée et très communautaire. Animée par Parkko, accompagné de Bradgeone et Hydrazil, elle venait conclure une édition que les organisateurs eux-mêmes ne semblaient pas entièrement sûrs de voir aboutir au départ. Pourtant, cette session a finalement confirmé que le making francophone avait encore de belles ressources.
25:15 Meilleure ambiance sonore
46:39 Meilleurs graphismes
1:17:25 Meilleur gameplay
1:49:49 Meilleure mise en scène
2:19:20 Meilleur scénario
2:52:30 Meilleur jeu
Dès l’ouverture, Parkko a tenu à remercier les jurés, les testeurs, les créateurs de jeux, mais aussi les personnes ayant aidé à l’organisation technique, notamment Solarius et AlexRE. Il a souligné que cette édition avait été particulièrement fluide à gérer : les tests, commencés autour de l’été, se sont terminés en mars, avec 25 jeux en compétition. Là où certaines éditions précédentes avaient parfois traîné sur de très longs mois, voire davantage, celle-ci a été menée dans un délai raisonnable.
Les intervenants ont aussi insisté sur la qualité globale de la session. Les jeux étaient nombreux sans être ingérables, variés, souvent courts ou accessibles, et surtout rarement mauvais. Bradgeone comme Hydrazil ont reconnu avoir été surpris par le niveau général, notamment par la diversité des propositions.
La cérémonie a connu quelques soucis techniques au début, notamment des problèmes d’écho et de retours audio, mais ceux-ci ont été réglés assez rapidement. L’incident a même donné un ton très vivant à la soirée, fidèle à l’esprit artisanal et communautaire des Alex d’Or.
Un palmarès réparti entre plusieurs jeux forts
La soirée a été construite autour des six grandes catégories du concours : meilleure ambiance sonore, meilleurs graphismes, meilleur gameplay, meilleure mise en scène, meilleur scénario et enfin meilleur jeu. Les catégories techniques et narratives ne récompensaient qu’un seul vainqueur, tandis que la catégorie reine distinguait un podium bronze, argent et or.
Le résultat final donne une édition particulièrement équilibrée, avec plusieurs jeux récompensés dans différentes catégories. Woyo!!, De Profundis, Pokémon Sacred Phoenix et Evershade se sont clairement imposés comme les grands noms de la soirée.
Palmarès principal
| Catégorie | Vainqueur |
|---|---|
| Meilleure ambiance sonore | De Profundis et Woyo!!, ex æquo |
| Meilleurs graphismes | Evershade |
| Meilleur gameplay | Pokémon Sacred Phoenix |
| Meilleure mise en scène | Woyo!! |
| Meilleur scénario | De Profundis |
| Meilleur jeu – Bronze | Pokémon Sacred Phoenix |
| Meilleur jeu – Argent | Evershade |
| Meilleur jeu – Or | De Profundis |
Meilleure ambiance sonore : une égalité rare entre De Profundis et Woyo!!
La première catégorie de la soirée a réservé une surprise : De Profundis et Woyo!! ont remporté conjointement l’Alex de la meilleure ambiance sonore. Parkko a expliqué qu’il s’agissait de la seule égalité impossible à départager de toute la cérémonie, les votes ayant été parfaitement équilibrés.
Le contraste entre les deux vainqueurs a été largement commenté. De Profundis propose une ambiance sonore intimiste, discrète et très narrative. Le jeu utilise notamment des instruments associés aux personnages, une idée saluée par les jurés pour sa finesse et son efficacité émotionnelle. Les sons, les silences et les motifs musicaux participent directement à la tension et à la compréhension des scènes.
À l’inverse, Woyo!! s’impose par une bande-son exubérante, originale et profondément liée à son univers. Le jeu s’appuie sur des compositions rap créées avec des proches et des artistes indépendants. Alvarez, membre de l’équipe de Woyo!!, est intervenu pendant la cérémonie pour expliquer que certaines musiques avaient été conçues sur mesure, tandis que d’autres étaient issues de propositions d’artistes et intégrées ensuite au jeu. Les jurés ont salué une ambiance musicale rarement vue dans un jeu RPG Maker, très cohérente avec l’énergie urbaine, absurde et décalée du projet.
Classement de la catégorie
| Rang | Jeu |
|---|---|
| 1 | De Profundis et Woyo!!, ex æquo |
| 3 | La Maison des mouches |
| 4 | Pokémon Sacred Phoenix |
| 5 | The Guardians |
Meilleurs graphismes : Evershade récompensé pour son univers visuel
La catégorie graphismes était particulièrement relevée, avec sept jeux nommés. Evershade l’a emporté devant La Maison des mouches, autre grand favori visuel de la soirée.
Les jurés ont souligné le soin apporté à la ville d’Evershade, à ses intérieurs, à ses lumières, à ses détails et à son atmosphère. Le jeu a été décrit comme vivant, cohérent et pensé dans ses moindres éléments. Hydrazil a notamment insisté sur la manière dont les décors servent la narration, certains objets ou détails visuels ayant un sens dans l’histoire.
La Maison des mouches, deuxième, a fortement marqué les esprits par sa direction artistique. Malgré sa courte durée, le jeu impressionne par ses environnements, notamment sa végétation, son ambiance et sa maison mystérieuse. Les jurés ont reconnu qu’il aurait peut-être pu prétendre à la première place avec un contenu plus long.
La troisième place est revenue à Pokémon Sacred Phoenix, salué pour sa réinterprétation médiévale de l’univers Pokémon. Les graphismes, très proches de l’esprit GBA tout en étant largement retravaillés ou originaux, ont impressionné les jurés. Quelques disparités visuelles, notamment dans certains portraits ou animations de combat, ont toutefois été mentionnées.
Classement de la catégorie
| Rang | Jeu |
|---|---|
| 1 | Evershade |
| 2 | La Maison des mouches |
| 3 | Pokémon Sacred Phoenix |
| 4 | The Guardians |
| 5 | Blue Bounty Hunter |
| 6 | Crimson Pass |
| 7 | A Tale of You |
Meilleur gameplay : Pokémon Sacred Phoenix s’impose
La catégorie gameplay a été remportée par Pokémon Sacred Phoenix, devant Verloren et Force Tale : La Renaissance de Palandia.
Le jeu d’Amras a été récompensé pour l’ampleur et la précision de ses systèmes. Au-delà de la base Pokémon, le projet ajoute de nombreuses mécaniques : gestion de l’amitié, mort possible des Pokémon, options de difficulté modifiables, systèmes de magie, forge, artisanat et variations de comportement selon les choix du joueur. Le fait de sortir un Pokémon de sa Pokéball peut par exemple influencer les rencontres ou l’attitude des dresseurs.
Amras est intervenu pendant la cérémonie pour expliquer sa démarche. Il a insisté sur son désir de rapprocher l’expérience de jeu de l’esprit du dessin animé Pokémon, où la relation entre le dresseur et sa créature a une vraie importance. Il a aussi expliqué l’intégration du mode Nuzlocke, les mécaniques de mort réalistes et l’effort de cohérence avec un univers Pokémon antique et médiéval.
La deuxième place de Verloren a également été très commentée. Les jurés ont salué un travail d’équilibrage rare dans les jeux amateurs, ainsi que de nombreuses options de confort : réglage du taux de rencontres aléatoires, possibilité de passer un boss après plusieurs échecs, conservation de l’expérience après une défaite, téléportations, etc. Le jeu a été reconnu comme l’un des plus solides de la session sur le plan du game design.
Classement de la catégorie
| Rang | Jeu |
|---|---|
| 1 | Pokémon Sacred Phoenix |
| 2 | Verloren |
| 3 | Force Tale : La Renaissance de Palandia |
| 4 | Crimson Pass |
| 5 | Blue Bounty Hunter |
Meilleure mise en scène : Woyo!!, le triomphe de l’audace
La catégorie mise en scène a consacré Woyo!!, devant The Guardians et Evershade.
Le choix a semblé assez net pour les jurés présents. Bradgeone a même affirmé qu’il s’agissait de l’une des meilleures mises en scène vues sur RPG Maker depuis les débuts des Alex d’Or. Woyo!! a été salué pour son inventivité constante : photos d’acteurs, expressions exagérées, dialogues rythmés, bruitages, effets visuels, scènes absurdes, magasins mis en scène comme des sketchs, combats stylisés, ambiance de soirée, métro transformé en terrain d’aventure surréaliste.
Alvarez est revenu sur la conception du jeu. Il a expliqué que la plupart des personnages étaient incarnés par des amis d’amis ou des connaissances qui avaient accepté de poser pour le projet. Les acteurs étaient encouragés à surjouer leurs expressions, presque comme dans du théâtre ou du mime, afin que les images fixes dégagent une énergie forte. Cette direction contribue beaucoup à l’identité de Woyo!!.
Le jeu a également été présenté comme un projet né d’une blague privée, à l’origine conçu comme cadeau d’anniversaire pour un ami. Les premiers retours des Alex d’Or avaient encouragé l’équipe à prendre le concept plus au sérieux, jusqu’à en faire un vrai jeu complet, construit autour d’un humour absurde mais maîtrisé.
Classement de la catégorie
| Rang | Jeu |
|---|---|
| 1 | Woyo!! |
| 2 | The Guardians |
| 3 | Evershade |
| 4 | A Tale of You |
| 5 | La Maison des mouches |
Meilleur scénario : De Profundis, une écriture qui marque
La catégorie scénario a été remportée par De Profundis, devant Evershade et A Tale of You.
Les jurés ont été particulièrement marqués par l’écriture de De Profundis. Le jeu repose sur une proposition très singulière : après une explosion dans un centre commercial, le protagoniste se réveille dans le noir, prisonnier des décombres avec d’autres survivants. Très vite, le récit laisse entrevoir des tensions, des secrets, des soupçons et peut-être quelque chose de plus inquiétant encore.
Le jeu a été décrit comme un ovni, difficile à classer, entre visual novel sans visuel traditionnel, fiction interactive et expérience sonore. La grande force du projet vient de son écriture, de son rythme, de son ambiance et de sa capacité à faire exister des personnages presque uniquement par le texte, les sons et la musique.
Cornemus, membre de l’équipe, est intervenu pour parler du développement. Le projet aurait demandé environ dix ans de travail, avec de nombreuses phases de réécriture. L’idée de tout faire dans le noir est née en partie d’une contrainte : l’équipe voulait créer un visual novel, mais ne disposait pas forcément des compétences graphiques nécessaires au départ. Cette contrainte est devenue le cœur de l’identité du jeu.
La musique, conçue notamment autour d’instruments associés aux personnages, joue un rôle essentiel. L’équipe a expliqué que l’objectif était de rendre le jeu intéressant et immersif malgré l’absence quasi totale d’images. Les rares tableaux visuels, réalisés plus tard par un autre membre du projet, viennent renforcer les moments clés.
Classement de la catégorie
| Rang | Jeu |
|---|---|
| 1 | De Profundis |
| 2 | Evershade |
| 3 | A Tale of You |
| 4 | Pokémon Sacred Phoenix |
| 5 | Ebon Oceans |
Meilleur jeu : De Profundis couronné Alex d’Or 2025-2026
La catégorie reine a rassemblé huit jeux : A Tale of You, Crimson Pass, De Profundis, Evershade, HopDrop, Pokémon Sacred Phoenix, The Guardians et Verloren.
Avant d’annoncer le podium, Parkko a rappelé que plusieurs jeux non récompensés méritaient malgré tout l’attention. Ont notamment été cités Agent Styler : Mission Multiverse, présenté comme un hommage aux Alex d’Or et aux jeux marquants de sessions précédentes, ainsi que d’autres projets plus modestes mais appréciés pour leur sincérité ou leur potentiel.
Le classement final a confirmé la domination des jeux déjà distingués dans les catégories précédentes.
Classement meilleur jeu
| Rang | Jeu | Récompense |
|---|---|---|
| 1 | De Profundis | Alex d’Or |
| 2 | Evershade | Alex d’Argent |
| 3 | Pokémon Sacred Phoenix | Alex de Bronze |
| 4 | Verloren | — |
| 5 | The Guardians | — |
| 6 | A Tale of You | — |
| 7 | HopDrop | — |
| 8 | Crimson Pass | — |
La troisième place de Pokémon Sacred Phoenix récompense un jeu extrêmement solide, riche et maîtrisé dans son gameplay. Les jurés ont toutefois estimé que les deux premiers jeux avaient davantage marqué par leur univers, leur écriture ou leur charge émotionnelle.
Evershade, deuxième, a été salué pour la cohérence de son univers, sa direction artistique, sa narration et ses thèmes plus adultes, notamment autour de la fragilité psychologique et de la disparition. Certains jurés ont estimé qu’il pourrait prétendre à l’Alex d’Or dans une version plus avancée ou terminée.
Enfin, De Profundis a remporté le titre de meilleur jeu. Le choix a été justifié par l’impact durable du projet. Bradgeone a expliqué qu’il repensait encore au jeu plusieurs mois après l’avoir terminé, signe selon lui d’une œuvre véritablement marquante. Parkko a également raconté que le jeu avait d’abord été difficile à attribuer aux testeurs, probablement à cause de son concept peu vendeur en images : un jeu largement plongé dans le noir, très textuel. Mais une fois testé, il a progressivement convaincu les jurés jusqu’à devenir le grand vainqueur.
Une édition placée sous le signe de la maturité
Ce qui ressort de cette cérémonie, au-delà du palmarès, c’est l’impression d’une scène plus réduite qu’autrefois, mais plus mature. Bradgeone l’a formulé clairement en fin de soirée : il y a peut-être moins de makers aujourd’hui, mais ceux qui restent semblent souvent plus expérimentés, plus engagés et plus capables de proposer des jeux aboutis.
La session a montré une grande diversité : RPG classiques, fangame Pokémon médiéval, jeu sonore narratif, visual novel psychologique, hommage à RPG Maker 2003, roguelike d’action, jeu de plateforme loufoque, projets expérimentaux ou nostalgiques. Plusieurs titres ont été salués non seulement pour leur qualité, mais aussi pour leur personnalité très forte.
La cérémonie a aussi rappelé l’importance des Alex d’Or comme espace de retour critique. Plusieurs créateurs ont expliqué que les tests, commentaires et récompenses donnaient envie de continuer. Alvarez a raconté que les premiers retours sur Woyo!! avaient transformé une plaisanterie privée en vrai projet. Amras a dit espérer que cette reconnaissance aiderait Pokémon Sacred Phoenix à gagner en visibilité et à attirer des collaborateurs. Cornemus a insisté sur l’émotion ressentie en voyant les joueurs touchés par De Profundis.
Le mot de la fin
Les Alex d’Or 2025-2026 se sont donc achevés sur la victoire de De Profundis, projet atypique, sombre, littéraire et sonore, qui a su transformer ses contraintes en force. Face à lui, Evershade et Pokémon Sacred Phoenix complètent un podium très solide, représentatif de la richesse de cette édition : d’un côté l’écriture et l’émotion, de l’autre le game design et l’amour d’une licence réinventée.
Cette cérémonie aura aussi montré que le making francophone, même plus discret qu’à ses grandes heures, reste capable de produire des œuvres surprenantes, personnelles et ambitieuses. Entre anciens noms revenus après des années d’absence, nouveaux projets prometteurs et communautés toujours prêtes à tester, commenter et encourager, les Alex d’Or semblent encore avoir un rôle à jouer.
Reste maintenant la question de la suite. Comme l’a rappelé Parkko en conclusion, rien n’est encore décidé pour une prochaine édition. Mais l’énergie de cette cérémonie, la qualité des jeux présentés et l’enthousiasme des créateurs donnent clairement envie de croire que l’histoire n’est pas terminée.