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Si ton péché m'était conté... Empty Si ton péché m'était conté...

le Lun 11 Aoû 2014 - 22:11
Voila, j'ai participé à un concours il y a un mois de ça (j'ai perdu donc je n'ai pas de contrat restrictif) et j'ai décidé de partager le texte, si des fois quelqu'un avait du temps à tuer.

Le thème du concours était le péché, chacun de ces péché était associé à une créature mythologique. J'ai choisi la gourmandise, associée au Faune.

Bien sûr de par sa présentation en concours, ma nouvelle est licenciée.

Mahoub se déplaçait entre les arbres avec la vitesse du lapereau et la grâce du félin. C’est du moins ce qu’il aimait à prétendre aux autres membres de son espèce le soir au coin du feu qu’ils allumaient au plus profond de la forêt. La majorité d’entre eux accueillaient la fanfaronnade avec un sourire indulgent, car tous le savaient, Mahoub n’était pas très agile ni très malin. Ce matin-là pourtant il parvint à s’avancer dans la forêt sans même faire craquer les branches mortes sous ses sabots. Pas un oiseau ne s’enfuit à son approche, rien ne laissait supposer son existence et même son souffle s’était fait brise, se mêlant au vent pour ne trahir aucune présence. Il atteint finalement l’orée de la forêt, il s’adossa à un arbre, hors de vue et il attendit. Au loin, un petit village humain laissait s’échapper quelques colonnes de fumée crachées par les cheminées de pierre. Il s’installa confortablement pour attendre la fille, celle aux cheveux de feu.

Une partie de la matinée était passée et Mahoub ne l’avait toujours pas aperçu. Un nœud commençait à se former dans son ventre et l’envie de s’approcher du village des humains l’aiguilla plusieurs fois, mais son instinct lui permit de rester fixe sur ses pattes. Enfin, alors qu’il songeait à nouveau aux habitations, il l’aperçut. Comme tous les jours, elle s’avançait vers les bois, inconsciente des êtres qui y vivaient, des yeux qui la détaillaient. Elle était belle, non, magnifique, avec ses longs cheveux roux, ses grands yeux verts et sa robe couleur de feuille morte. Mahoub ne l’avait encore jamais approché suffisamment pour sentir son odeur, mais il devinait une fragrance de fleur fraîche, de rosée et de soleil. Elle portait un panier de paille tressée sur le bras, Mahoub l’observait depuis des semaines à présent et il savait qu’elle allait chercher des herbes sous le couvert des arbres, cela l’inquiétait, car en cette époque, les humains considéraient les herboristes et les guérisseuses d’un œil superstitieux, envieux, malveillant. L’obscurantisme leur avait fait perdre le sens commun. Alors qu’elle se baissait pour recueillir de la queue de loup, cette plante servant à ralentir le rythme cardiaque et à empoisonner, Mahoub se remémora la première fois qu’il l’avait aperçue.

Il avait vu le jour en Grèce. Son père, le puissant et retors Pan l’avait initié à l’art du festin, aux choses de l’amour et à la magie comme sont censés l’être tous les membres du Peuple. Il lui avait expliqué comment le Peuple était né du rêve d’un enfant et avait prospéré caché des humains. Il avait vécu des années d’abondance à côtoyer les nymphes des montagnes, à courtiser celles des rivières et à vider les greniers, se procurant parfois de quoi organiser d’énormes banquets où tous les siens venaient ripailler pour des nuits entières en chantant et en dansant. Puis Silène, un autre fils de Pan, avait amorcé le premier changement en se révélant aux humains un soir de beuverie par une farce particulièrement osée. Envoûtant les humains du son de sa flûte il leur avait conté mille fables et chansons paillardes et s’était même fait passer pour le père d’un de leurs dieux, celui de la boisson bien entendu. Si les hommes n’avaient pas été si naïfs, ils auraient entendu la vantardise qui sourdait dans sa voix, ils auraient vu l’amusement luire dans ses yeux. Mais il n’en fut rien. Ils étaient tous aveugles, et cela les rendait dangereux. Le peuple s’était vu attribuer le nom de Satyres et peu à peu les Grecs se mirent à les apprécier pour ce qu’ils étaient, des farceurs et des mangeurs invétérés. Les offrandes se succédèrent afin d’éviter les excès incontrôlables et tous y trouvèrent leur compte pour un temps. Mais comme en chaque chose, le temps passa et la Grèce qui avait autrefois régné sur le monde vit son pouvoir décliner. Une nouvelle puissance émergea dans les terres du nord : Rome. Au départ le peuple ne s’inquiéta pas de ces changements, car les Romains les révéraient comme les Grecs l’avaient fait. On leur donna un nouveau nom et ils devinrent les Faunes puis on leur consacra des arbres jugés sacrés comme l’olivier qui produisait de délicieuses baies vertes et noires dont ils firent de l’huile. Pan fut renommé Faunus, une grande fête annuelle fut établie et des temples se dressèrent en son honneur. Le Peuple commença alors à se complaire dans le luxe et les offrandes. Très vite la gourmandise l’emporta. Eux qui étaient autrefois vus comme des emblèmes de fertilité et de joie se mirent à passer leur temps à avaler des quantités phénoménales de fruits, à enfourner des pâtisseries et à dévorer les mets les plus délicats. Le vin coulait à flot et l’ivresse devint un état permanent. Mahoub n’aurait su dire si c’était eux qui l’avaient engendré, mais un vent de décadence souffla sur le peuple romain qui semblait suivre inconsciemment la même voie qu’eux. Les hommes de l’empire, autrefois grandiose, mangeaient jusqu’à s’en faire vomir pour revenir ensuite à la table de festin. Les Lupercales, symboles glorieux d’antan, devinrent de grandes orgies obscènes où l’excès faisait loi. Très rapidement le peuple romain devint si gras et flasque que lorsque les francs, de grands guerriers barbares engendrés dans le sang et la guerre, frappèrent à la porte ce fut à peine s’ils réussirent à l’ouvrir pour se faire massacrer. L’empire s’effondra et ses cultes furent jetés à terre. Les Faunes furent oubliés et durent fuir vers le nord et les contrées sauvages.

Durant des années ils durent errer, coupés des hommes, survivant grâce au vol dans les granges et les fermes. Un jour, alors qu’il se reposait près d’une route, Mahoub entendit deux paysans discuter. Il apprit alors que le christianisme l’avait emporté sur le paganisme et que le peuple était aujourd’hui vu comme des diables dont le père, Pan, était un avatar de Satan, l’ennemi de tous les hommes. Très peiné par de telles accusations, le faune se laissa aller à l’espièglerie et se mit à tourmenter les fermes tandis que la plupart des siens se retiraient plus loin dans les bois. Dès qu’il le pouvait, il s’invitait dans les maisons aux toits de chaume pour piller les garde-manger puis il s’enfuyait, le ventre plein, heureux de son petit tour.

Mais un jour, alors qu’il s’approchait d’un village qu’il avait visité – et dépouillé – l’an passé, il la trouva sur un sentier. Elle était assise sur le bord du chemin, cueillant de la sauge et du genévrier commun, les rassemblant en ballots. Il l’observa tout d’abord avec curiosité puis avec fascination. Plusieurs fois il eut l’impression qu’elle l’avait aperçu, car les humains possédaient parfois le don de voir l’autre monde, mais il avait vite compris que ce n’était qu’une sensation, une sensibilité plus affinée que chez les autres humains, car son regard lui passait au travers comme s’il n’avait pas été là. Cette constatation – le fait qu’elle ne puisse pas vraiment le voir – l’avait rassuré, mais l’avait également déçu, chose qu’il ne s’expliquait pas. Il avait pourtant décidé de rester caché sans savoir pourquoi.

À présent elle était bien enfoncée dans la forêt et récoltait de la menthe, sans doute pour anesthésier un patient ou bien pour purifier l’air d’une maison. Des rais de lumière filtraient à travers les arbres et venaient éclairer son visage. Mahoub était loin, mais il lui sembla qu’elle chantonnait quelque chose tout en travaillant. Il s’approchait petit à petit lorsqu’elle sortit de son panier une miche de pain encore chaud. Soudain le parfum de l’air changea et le faune en eut l’eau à la bouche. Si il était une chose qui justifiait l’existence de l’humanité, c’était bien le pain chaud. Au milieu des herbes médicinales son odeur avait été masquée, mais à présent il la sentait plus que tout au monde, même la jeune femme semblait moins réelle. Salivant il s’approcha plus près, la petite herboriste devait vouloir manger sur place un peu plus tard, car elle déposa également un morceau de fromage une petite fiole remplie de vin sur le sol avant de se remettre en remplir le sac en chantonnant. Mahoub se tançait déjà de ce qu’il s’apprêtait à faire, voler la jeune fille n’était pas son but et il développa même un sentiment de honte à l’idée de la priver de son repas, mais l’odeur du pain était si délicieuse et réveillait en lui des souvenirs si doux et lointains qu’il ne put résister. D’un geste, il s’empara de l’aliment et le fourra dans sa bouche. Le délice s’installa de manière totale et immédiate. L’odeur envahit ses narines et fit se dresser tous les poils de son corps. Il renâcla des sabots par plaisir lorsque la croute céda pour laisser place à une mie envoûtante qui lui emplit la bouche d’un sentiment doucereux. L’arôme du blé se répandit en lui et durant un instant interminable il se sentit plus vivant qu’il ne l’avait jamais été. Une euphorie s’empara de lui et il lui sembla ressentir de l’énergie jusqu’au bout de ses cornes tel un frisson électrique. Alors, il comprit. Il tenta de recracher le pain, mais il était trop tard. Son père lui avait autrefois parlé des « Stregas », ces hommes et ces femmes qui, parfois, tentaient de se lier à un esprit. Un sentiment étrange l’envahit, comme si un lien invisible se créait entre lui et la jeune fille qui s’était tue. Elle avait déposé son panier et se relevait à présent, époussetant la poussière et l’humus sur sa robe. Elle le fixa droit dans les yeux avec un sourire espiègle.
_Je t’ai eu, piailla-t-elle. Ce n’était pas facile, j’ai dû faire semblant de ne pas te voir, j’ai attisé ta curiosité à l’aide de petits charmes que je portais sur moi. J’ai bien vu que les tiens s’en allaient dans la forêt et j’ai compris que tu ne t’attarderais plus très longtemps toi non plus par conséquent j’ai dû te forcer un peu la main, j’en suis désolée.
Mahoub ne dit rien, elle semblait, en effet, vraiment désolée du déroulement des évènements. Cela apaisa un peu sa crainte et surtout sa honte, lui un faune s’était fait piéger par une humaine pour une miche de pain chaud. Elle reprit : _J’ai donc préparé un pain un peu spécial. Ma grand-mère m’avait laissé un livre avec tout un tas de recettes et de formules, j’ai dû le brûler, car les gens d’ici pourraient me dénoncer, mais j’ai gardé en mémoire les parties les plus intéressantes, notamment la manière de me lier à un esprit. Pour cela il me fallait ce pain, une formule et ton consentement, conscient ou non.
_Le chant, comprit Mahoub. Tu ne chantais pas, tu récitais.
_Exact. J’ai besoin de ton pouvoir, esprit. Je pense que tous les deux nous pourrions faire de grandes choses si nous travaillons ensemble. Il nous faudra rester discret et faire preuve de malice, mais j’ai vu ce que tu as fait l’année dernière, je sais donc que je peux avoir confiance en tes capacités.
_Tu m’attends depuis un an, te préparant pour mon retour printanier, énonça le faune toujours immobile, tu es intelligente pour une humaine.
_Merci, esprit. Je me nomme Mathilde Von Bingen, et si tu me jures fidélité et que tu acceptes de te lier à ma descendance, je t’assure que jamais plus tu ne manqueras de quoi que ce soit. Qu’en dis-tu ?
Mahoub eut un sourire goguenard.
La nuit commençait à tomber quand ils s’éloignèrent tous deux en direction du village, ce soir, Mahoub dormirait dans une maison et aurait autant de miches de pain chaud qu’il le désirerait. Ils avançaient le long d’un sentier, sous la lueur des étoiles et si quelqu’un était venu par ce chemin il n’aurait discerné qu’une femme à l’allure étrange discutant seule avec le vent. En revanche, si la personne avait eu les dons de la sorcière il aurait vu à ses côtés un petit diable au corps d’homme et de bouc, aux cornes dressées, parlant sans interruption de la vie qu’il avait mené jusque-là.
_Tu sais, humaine, conclut-il, tu es plutôt intéressante, tu plairais à mon père je crois, il se nomme Pan, tu en as entendu parler ? Sans doute que non, mais si tu le veux je pourrais te le présenter un de ces jours.

Voila, qu'en avez-vous pensé ? Il y a de nombreuses référence à la mythologie dans ce texte mais je vous laisse les chercher !
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le Lun 11 Aoû 2014 - 22:31
Je trouve ton texte vraiment excellent. Comme je suis férue de mythologie et d'histoire greco romaine, tout ceci était dans mon univers habituel. Je suppose que tu as choisi une rousse par référence aux sorcières ?
C'est pas bien, moi j'adore les rousses aux yeux vert ! Ma première héroïne en était une ... *mode souvenir maternel*
En tout cas, tu es bien documenté, peut être ... un peu trop.
Un énorme paragraphe est consacré à l'histoire des satyres, qui finalement n'est pas totalement nécessaire. Après, c'est peu être parce que je connais déjà l'histoire de la décadence romaine et grecque par cœur que ça me touche, car pour moi ça faisait un peu cours d'histoire.
Finalement, la gourmandise n'est pas tant au centre de l'histoire que la décadence dans tous les domaines. Une autre chose qui m'a dérangé, c'est le vocabulaire de la jeune fille. Mais je crois que c'est sans doute dû à un préjugé selon lequel les anciens parlaient un langages antique alors que beaucoup parlaient mal. Mais ... Bon là je pinaille.
Sinon, je pense que tu écris vraiment bien. Ce n'est ni surenchérit, ni laconique.
Si je peux me permettre, pourquoi avoir choisi la gourmandise ? Vice personnel ? X)
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le Lun 11 Aoû 2014 - 23:33
Disons que si la belle femme aux cheveux rouges commence à dire

"hé l'ptiot va donc pas chier dans la marouelle"

ça enlève un peu du charme de l'histoire XD

Et ouais pour la gourmandise c'était vraiment dur car les faunes c'est autant la gourmandise du met que l'appétit sexuel et encore d'autres choses. La gourmandise au final ça englobe l'avarice et la luxure quand on y réfléchit, c'est une des raisons qui ont fait que je n'ai pas été retenu, je me suis trop éloigné du péché qui m'était attribué.

Et pour la gourmandise bah... L'avarice c'était les dragons, donc un peu classique. La luxure c'était les Naïades et je voyais pas trop ce que j'allais en dire. Les autres étaient tous plus ou moins classiques ou ne m'inspiraient pas. Et puis j'étais dans un mood à parler de Pan je crois aha.

Tu as compris qui était la jeune fille au passage ?  Si ton péché m'était conté... 697634 
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le Lun 11 Aoû 2014 - 23:46
Une rousse au yeux vert qui fait un pacte avec un faune ? Une allemande d'après son nom ...
Je dois avouer, je n'en sais rien. Je pensais qu'elle représentait juste "la sorcière".
Wowurze
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le Lun 11 Aoû 2014 - 23:58
Aha, non c'est un peu plus poussé que ça. Si tu te renseignes, c'est la mère de Hildegarde Von Bingen, une femme célèbre du moyen âge qui soignait avec les pierres. On trouve encore des livres sur elle dans les bibliothèques d'occultisme en France et en Allemagne. (Oui ok je suis allé chercher loin pour le coup !)
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